Un bras qui ne se lève plus, une main qui pend, des doigts qui ne s'étendent plus, une pince qui a disparu, une cheville qui steppe, des orteils qui ne se relèvent plus. Que ce soit après un accident, un appui prolongé ou sans cause évidente, une paralysie d'un membre est toujours inquiétante — et soulève une question avant toutes les autres : d'où vient-elle ?
Cet article sert de point d'entrée. Il explique comment une paralysie du bras ou de la cheville se lit, pourquoi localiser précisément l'atteinte est décisif, et vers quelle prise en charge chaque situation oriente. C'est le fil qui relie toutes les atteintes nerveuses des membres.
Une paralysie n'est pas un diagnostic : c'est une question de niveau
Le membre supérieur est commandé par un long trajet nerveux : depuis la moelle épinière, au niveau du cou, les nerfs cheminent en réseau — le plexus brachial — puis se séparent en grands nerfs individuels qui descendent jusqu'à la main.
Le principe qui gouverne tout l'article
Le déficit dépend de l'endroit de l'atteinte. Une paralysie ne dit pas, à elle seule, ce qui s'est passé ni ce qu'on peut espérer. C'est en localisant le niveau — près de la moelle, sur le plexus, ou sur un nerf isolé plus bas — qu'on comprend le déficit, qu'on estime le pronostic et qu'on choisit le traitement.
La même plainte, « mon bras, ma jambe est paralysé », recouvre des situations radicalement différentes selon ce niveau.
Les grands niveaux d'atteinte
Tout en haut : le plexus brachial
Quand l'atteinte siège près de la moelle, sur le réseau nerveux du cou, elle peut toucher de larges portions du membre à la fois — épaule et coude, ou main, ou tout le bras. C'est le domaine des lésions du plexus brachial, le plus souvent après un traumatisme violent. Elles sont les plus complexes, et leur pronostic dépend étroitement du délai de prise en charge.
Ces atteintes font l'objet d'un article dédié, car elles ont leurs règles propres — notamment l'importance capitale du facteur temps. C'est le domaine d'ultra-spécialisation du Dr Teboul.
Plus bas : un nerf isolé
Quand l'atteinte touche un seul nerf du bras, plus bas sur son trajet, le déficit est plus ciblé : il correspond précisément au territoire de ce nerf. Trois grands nerfs peuvent être concernés, chacun donnant un tableau reconnaissable.
Les paralysies des nerfs isolés du bras
Le nerf radial : la « main tombante »
Le nerf radial commande l'extension — relever le poignet et les doigts. Son atteinte donne un signe très caractéristique : la main tombante, un poignet qui pend et qu'on ne peut pas relever, avec des doigts qui ne s'étendent plus.
La « paralysie du samedi soir » : une bonne nouvelle cachée
La cause la plus connue est la compression du nerf contre l'os du bras lors d'un appui prolongé — un bras resté trop longtemps posé sur un dossier ou plié sous la tête pendant un sommeil profond. D'où le surnom imagé de « paralysie du samedi soir ».
La bonne nouvelle : dans cette forme par simple compression, le nerf n'est pas rompu, seulement « endormi ». La récupération est le plus souvent complète, spontanément, en quelques semaines à quelques mois. C'est l'exemple parfait d'une paralysie impressionnante mais de bon pronostic — à condition d'avoir bien identifié la cause.
Le nerf radial peut aussi être atteint lors d'une fracture de l'os du bras, qu'il longe de près. La conduite est alors différente et dépend du contexte de la fracture.
Le nerf médian et le nerf ulnaire
Ces deux nerfs commandent surtout la main. Leurs atteintes les plus fréquentes ne sont pas des paralysies brutales, mais des compressions chroniques progressives, qui font l'objet d'articles dédiés sur ce site :
Le nerf médian est le plus souvent comprimé au poignet — c'est le syndrome du canal carpien, avec fourmillements et, à un stade avancé, faiblesse de la pince du pouce. Voir l'article canal carpien.
Le nerf ulnaire est le plus souvent comprimé au coude, donnant fourmillements des deux derniers doigts et, à terme, une perte de force de la main. Il peut aussi être comprimé au poignet : voir l'article loge de Guyon.
Ces nerfs peuvent aussi être atteints de façon aiguë, par une plaie ou une fracture, réalisant alors une véritable paralysie de leur territoire.
Reconnaître ce qui n'est pas une atteinte du bras
Un point important, car il change tout : toute paralysie d'un membre supérieur ne vient pas d'une atteinte des nerfs du bras. Une origine plus centrale — au niveau du cou (une racine nerveuse comprimée par la colonne) ou du cerveau (un accident vasculaire) — peut aussi se manifester par une faiblesse du bras.
Un signe qui doit faire consulter en urgence
Une faiblesse du bras d'apparition brutale, surtout si elle s'accompagne d'autres signes — trouble de la parole, déformation du visage, faiblesse d'une jambe, du même côté — peut être le signe d'un accident vasculaire cérébral, qui est une urgence vitale absolue.
Dans ce cas, il ne faut pas attendre : il faut appeler les secours immédiatement. Ce type de paralysie ne relève pas de la chirurgie du nerf, mais d'une prise en charge d'urgence différente.
C'est aussi le rôle du bilan que de faire cette part des choses : distinguer ce qui vient du bras lui-même de ce qui vient de plus haut (système nerveux central : cerveau et moelle épinière).
Le bilan : localiser, puis préciser
La démarche est toujours la même, quel que soit le niveau soupçonné :
Il est central : en testant précisément quels muscles sont faibles et quelles zones ont perdu leur sensibilité, on remonte au nerf ou au niveau atteint. C'est la première et la plus importante étape.
Il confirme le niveau de l'atteinte, en apprécie la sévérité et l'ancienneté, et suit une éventuelle récupération.
Échographie et IRM visualisent le nerf, cherchent une compression, une rupture, ou une cause locale (cicatrice, masse).
Les grandes voies de traitement
Selon le niveau et le mécanisme, la prise en charge suit l'une de ces logiques :
Surveiller et rééduquer, quand une récupération spontanée est possible — comme dans la paralysie du samedi soir. La rééducation entretient la souplesse en attendant.
Libérer le nerf quand il est comprimé — libération au canal carpien, au coude, à la loge de Guyon.
Réparer ou reconstruire, quand le nerf est rompu ou une racine arrachée : greffe, transfert nerveux, dans le cadre d'une chirurgie spécialisée.
Les atteintes les plus fréquentes
Paralysies du plexus brachial après accident de moto ; paralysie du deltoïde (nerf axillaire), spontanée ou après chirurgie de l'épaule ; paralysie du nerf radial après une fracture de l'humérus ; paralysie du nerf ulnaire et du nerf médian autour du coude sur des arcades musculaires ; paralysie du nerf thoracique long avec scapula alata spontanée ; paralysie du muscle trapèze après une chirurgie du cou (biopsie ganglionnaire) ; neuropathies constrictives ; paralysie du nerf fibulaire commun après une entorse grave du genou ou après une chirurgie ; paralysie du nerf fémoral, le plus souvent après une chirurgie du petit bassin ou une prothèse de hanche par voie antérieure.
Un principe traverse toutes ces situations : quand le nerf est lésé et doit être réparé, le temps compte. Un muscle privé de nerf trop longtemps récupère mal. C'est pourquoi une paralysie qui ne s'améliore pas doit être évaluée sans trop tarder, même si la décision finale est parfois de surveiller.
Le tableau d'orientation
Ce tableau n'a qu'une valeur d'orientation : seul un examen permet d'établir le niveau réel de l'atteinte et sa cause.
La rééducation, dans tous les cas
Les protocoles se décident au cas par cas : consultez notre centre de connaissances pour découvrir des cas précis et contextualisés.
Questions fréquentes
Glossaire
Perte, totale ou partielle, de la commande d'un ou plusieurs muscles.
Réseau de nerfs, issu de la moelle au niveau du cou, qui commande tout le membre supérieur.
Nerf de l'extension du poignet et des doigts ; son atteinte donne la « main tombante ».
Nerf le plus souvent comprimé au poignet (canal carpien).
Nerf le plus souvent comprimé au coude.
Compression du nerf radial par appui prolongé ; de bon pronostic, souvent réversible.
Examen qui mesure l'activité des nerfs et des muscles pour localiser une atteinte.
Sources
Approach to differentiating lesions (nerve root, plexus, and peripheral nerve). 2025 — la démarche repose sur la localisation : racine, plexus ou nerf périphérique, chacun donnant un pattern moteur et sensitif distinct
Wrist Drop. StatPearls. 2026 — l'atteinte du nerf radial dans la gouttière humérale (« paralysie du samedi soir ») donne une main tombante ; les neuropathies compressives aiguës ont un excellent pronostic
Saturday Night Palsy (case report and review). Cureus. 2021 — neurapraxie du nerf radial par compression prolongée ; récupération quasi universelle vers 6 mois
Clinical Features of Wrist Drop Caused by Compressive Radial Neuropathy. 2014 — la localisation précise de l'atteinte radiale conditionne le tableau et la conduite
A Structured Approach to the Diagnosis of Peripheral Nervous System Disorders. Continuum. 2021 — les signes centraux (AVC) imposent une prise en charge distincte et urgente
Isolated Radial Nerve Palsy Following Humerus Fracture — l'atteinte du nerf radial complique 5-10 % des fractures de la diaphyse humérale
Épidémiologie des paralysies nerveuses du membre supérieur en pratique de chirurgie de la main — référence à compléter
Délais de récupération par nerf et par mécanisme — référence à compléter
Relu et validé par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie.
Dernière mise à jour : 20 août 2026
Avertissement. Cet article a une vocation informative et d'orientation. Il ne remplace pas une consultation. Une faiblesse brutale du bras associée à un trouble de la parole ou du visage impose d'appeler les secours immédiatement.
Auteur de cette publication
Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.
Auteur
Dr Frédéric Teboul
Chirurgien du plexus brachial et des nerfs périphériques
