Des bosses dures apparues sur les doigts, près des ongles. Des articulations qui gonflent, qui font mal le matin, qui se déforment lentement. Et deux questions qui reviennent toujours : est-ce que c'est de la polyarthrite, et est-ce que ça va continuer ?
Cet article répond aux deux, à partir des recommandations européennes. Y compris sur ce qui ne marche pas — parce que c'est une pathologie où beaucoup de traitements sont proposés et où très peu ont fait la preuve d'un effet réellement perceptible.
Quelles articulations, et pourquoi celles-là
Chaque doigt compte trois articulations. L'arthrose primitive de la main a des cibles très constantes : elle touche surtout l'articulation la plus proche de l'ongle, un peu moins l'articulation intermédiaire, et épargne largement celle qui relie le doigt à la paume.
Cette répartition n'est pas un détail : c'est l'un des éléments qui permettent de distinguer une arthrose d'une maladie inflammatoire, qui ne touche pas les mêmes articulations.
La base du pouce est également concernée, mais son fonctionnement, son évolution et son traitement sont si particuliers qu'elle mérite un article à part entière. Voir l'article rhizarthrose.
Les nodosités : ce que sont réellement ces bosses
Les grosseurs dures qui apparaissent sur le dessus des articulations ne sont ni des dépôts, ni un gonflement passager. Ce sont des excroissances osseuses — l'os réagit à l'usure du cartilage en se remodelant sur les bords de l'articulation.
Nodosités d'Heberden
Sur l'articulation la plus proche de l'ongle.
Nodosités de Bouchard
Sur l'articulation intermédiaire du doigt.
Elles sont permanentes : une fois formées, elles ne disparaissent pas. Mais leur apparition ne préjuge pas de la douleur — certaines personnes en ont beaucoup et souffrent peu, d'autres l'inverse.
« Est-ce que c'est de la polyarthrite ? »
C'est la première inquiétude, et elle mérite une réponse claire plutôt qu'une phrase de réassurance.
Les recommandations européennes consacrées au diagnostic de l'arthrose de la main ont établi un point essentiel : aucun examen ne suffit à lui seul à poser le diagnostic. C'est la combinaison des éléments qui compte. EULAR 2009
Pourquoi votre médecin vous interroge sur les mains de votre mère
Probabilité d'arthrose de la main devant des nodosités d'Heberden seules.
Avec trois éléments de plus : âge supérieur à 40 ans, antécédents familiaux de nodosités, et pincement articulaire visible sur une radiographie de n'importe quel doigt.
D'où les questions apparemment anodines sur l'âge d'apparition et les mains de vos parents : elles multiplient la fiabilité du diagnostic par quatre.
Quelques repères distinguent les deux situations, sans se substituer à un examen :
La raideur du matin est brève dans l'arthrose. Une raideur prolongée, se comptant en heures, oriente différemment.
La douleur est mécanique : elle augmente à l'usage et se calme au repos.
Les articulations touchées ne sont pas les mêmes. L'arthrose primitive épargne le plus souvent celles qui relient les doigts à la paume.
Les analyses de sang sont normales dans l'arthrose. Elles servent précisément à écarter une maladie inflammatoire.
La forme érosive : une variante qu'il faut connaître
Il existe une forme moins fréquente et plus inflammatoire de cette arthrose. Elle se manifeste par des articulations rouges, chaudes et nettement plus douloureuses, par poussées, avec un retentissement fonctionnel important. À la radiographie, elle produit des images particulières, différentes de l'arthrose habituelle.
C'est cette forme qui est le plus souvent confondue avec une maladie inflammatoire — et c'est aussi celle qui justifie le plus une prise en charge active plutôt qu'une simple surveillance.
Ce que provoque l'arthrose des doigts — au-delà de la douleur
La gêne fonctionnelle porte sur les gestes fins : boutonner un vêtement, écrire, tourner une clé, coudre, ouvrir un emballage. Ce ne sont pas des efforts, ce sont des précisions — et c'est ce qui rend cette arthrose plus invalidante qu'elle n'en a l'air.
Un aspect rarement abordé
La déformation des doigts a aussi une dimension visible. Beaucoup de personnes en souffrent sans oser le dire, parce qu'elles estiment que ce n'est pas un motif médical légitime.
En effet, la main est un organe d'exposition sociale : les déformations, parfois très marquées, entraînent une gêne esthétique qui prédomine sur la gêne fonctionnelle.
C'est un motif légitime. La gêne liée à l'apparence des mains fait partie de ce qui doit être entendu en consultation, au même titre que la douleur — même si elle ne modifie pas, à elle seule, l'indication d'un traitement.
Les traitements : ce qui marche, et ce qui marche peu
C'est ici qu'il faut être précis, parce que beaucoup de choses sont proposées et que peu ont démontré un effet que le patient ressent réellement.
La revue systématique de la littérature qui a préparé les recommandations européennes de 2018 a évalué chaque option en la comparant à un seuil de différence cliniquement perceptible. Le résultat est instructif : seuls trois traitements franchissent ce seuil dans l'ensemble de l'arthrose de la main — le port prolongé d'une orthèse à la base du pouce, les anti-inflammatoires par voie orale, et les infiltrations de corticoïdes dans les articulations des doigts. Revue EULAR 2018
Une donnée à connaître avant tout choix : aucun traitement ne ralentit l'évolution visible sur les radiographies. Tous agissent sur les symptômes. Aucun ne répare le cartilage ni n'arrête le processus.
Ce qui vient en premier
Les recommandations européennes placent en tête l'éducation aux principes ergonomiques, l'adaptation du rythme des activités et les aides techniques, ainsi que les exercices destinés à améliorer la fonction, la force musculaire et à réduire la douleur.
Concrètement : utiliser les grosses articulations plutôt que les petites, élargir les poignées d'ustensiles, s'équiper d'un ouvre-bocal. Des mesures modestes dont l'effet cumulé est réel — à condition d'être maintenues, car le bénéfice des exercices s'estompe à l'arrêt.
Les médicaments
Les traitements locaux sont préférés aux traitements par voie générale, et les anti-inflammatoires en gel sont le premier choix.
Les antalgiques oraux, en particulier les anti-inflammatoires, sont à envisager pour une durée limitée.
Le sulfate de chondroïtine peut être utilisé pour soulager la douleur et améliorer la fonction. La revue systématique précise toutefois que ce résultat repose sur un seul essai.
Les traitements de fond antirhumatismaux ne doivent pas être utilisés.
Les recommandations découragent également la thermothérapie, les ultrasons et les injections d'acide hyaluronique.
L'infiltration : ici, l'inverse de la base du pouce
C'est le point le plus intéressant de cet article, et il illustre pourquoi une recommandation ne se résume jamais à un slogan.
Deux articulations voisines, deux conclusions opposées
Les recommandations européennes énoncent que les injections de corticoïdes ne devraient généralement pas être utilisées dans l'arthrose de la main, mais peuvent être envisagées chez les patients présentant des articulations interphalangiennes douloureuses.
La raison de cette distinction est explicite : la recommandation a été entièrement révisée parce que les données nouvelles n'ont pas pu confirmer un effet supérieur au placebo à la base du pouce, alors qu'un essai portant sur des articulations des doigts douloureuses a montré une efficacité supérieure.
Autrement dit : ce qui n'est pas soutenu pour le pouce l'est pour les doigts. Voir l'article rhizarthrose.
La formulation « ne devraient généralement pas » a été choisie délibérément : le groupe de travail a reconnu que dans certaines situations — notamment lorsqu'une inflammation articulaire est manifeste — l'infiltration reste une option thérapeutique.
Ces injections dans de très petites articulations demandent une technique précise.
La chirurgie : quand, et laquelle
Les recommandations européennes sont explicites : la chirurgie doit être envisagée en cas d'anomalies structurales lorsque les autres traitements n'ont pas suffisamment soulagé la douleur. Pour les articulations des doigts, les options citées sont l'arthrodèse ou l'arthroplastie.
Ces deux mots recouvrent deux philosophies opposées.
Le choix dépend du doigt concerné, de l'axe de l'articulation, de la qualité de l'os et surtout de ce que vous faites de vos mains. Il n'existe pas de bonne réponse générale. Chaque doigt a une fonction bien précise et le traitement doit être adapté à l'articulation concernée et à la demande fonctionnelle du patient.
Une réserve méthodologique honnête : la revue systématique européenne relève qu'aucun essai n'a comparé la chirurgie à une intervention factice ou à un traitement non opératoire. Les résultats chirurgicaux reposent donc sur des séries, pas sur des essais contrôlés.
Après une intervention
Après l'arthroplastie, les suites opératoires dépendent de la technique utilisée et de la prothèse. Pour ma part, j'utilise une voie d'abord antérieure qui permet une rééducation précoce. L'intervention est réalisée en ambulatoire sous anesthésie locorégionale. La rééducation post-opératoire est aussi importante que le geste chirurgical, et doit durer au minimum trois mois après l'intervention.
Après une arthrodèse interphalangienne distale, il n'y a pas d'attelle ni d'immobilisation. La rééducation du doigt est immédiate : l'arthrodèse est montée par une vis canulée en titane, un montage extrêmement solide.
Ce qui va se passer avec le temps
L'arthrose des doigts évolue lentement, sur des années. Les nodosités s'installent définitivement, mais la douleur, elle, ne progresse pas de façon parallèle : elle est souvent maximale dans la phase de constitution des déformations, puis s'atténue quand l'articulation s'est enraidie.
C'est une information qui compte : une main déformée n'est pas nécessairement une main douloureuse, et le passage du temps n'est pas seulement une aggravation.
Questions fréquentes
Glossaire
Excroissance osseuse sur l'articulation la plus proche de l'ongle.
Excroissance osseuse sur l'articulation intermédiaire du doigt.
Formation osseuse développée sur le bord d'une articulation usée.
Fusion chirurgicale définitive d'une articulation dans une position choisie.
Remplacement d'une articulation par un implant, afin de conserver de la mobilité.
Forme plus inflammatoire de l'arthrose digitale, avec des poussées douloureuses marquées.
Sources
Zhang W, Doherty M, Leeb BF, et al. EULAR evidence-based recommendations for the diagnosis of hand osteoarthritis: report of a task force of ESCISIT. Ann Rheum Dis. 2009. PMID 18250111 — 10 propositions, méthode Delphi, 15 pays européens
Kloppenburg M, Kroon FPB, Blanco FJ, et al. 2018 update of the EULAR recommendations for the management of hand osteoarthritis. Ann Rheum Dis. 2019;78(1):16-24
Kroon FPB, Carmona L, Schoones JW, Kloppenburg M. Efficacy and safety of non-pharmacological, pharmacological and surgical treatment for hand osteoarthritis: a systematic literature review informing the 2018 update of the EULAR recommendations. PMC6203105
Essai randomisé sur l'efficacité de l'infiltration de triamcinolone hexacétonide dans les articulations interphalangiennes, 12 semaines. J Rheumatol. 2015;42:1869-1877
Données de prévalence retenues
Score de Kellgren-Lawrence modifié — bornes des stades
Résultats des arthroplasties interphalangiennes — amplitudes et taux de reprise
Caractérisation de l'arthrose érosive et critères radiographiques
Contenu proposé, relu et validé par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie.
Dernière mise à jour : 20 août 2026
Avertissement. Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas une consultation médicale. Seul un examen clinique permet d'établir un diagnostic et de choisir un traitement adapté à votre situation.
Auteur de cette publication
Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.
Auteur
Dr Frédéric Teboul
Chirurgien de la main — spécialiste du plexus brachial et des nerfs périphériques
