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Dr Frédéric TEBOUL
Pathologie · Arthrose post-traumatique

Arthrose du poignet

D'où elle vient, pourquoi elle épargne certaines zones, et comment on soulage un poignet usé sans le figer

Dr Frédéric Teboul Proposé par Dr Frédéric Teboul Chirurgien de la main — spécialiste du plexus brachial et des nerfs périphériques
Consultation au cabinet du Dr Frédéric Teboul, examen de la main d'un patient — prise en charge de la arthrose du poignet par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien spécialiste de la main, des nerfs et du plexus brachial à Paris
Visuel provisoire — illustration spécifique à venir · Cabinet du Dr Frédéric Teboul

Un poignet qui fait mal à l'effort, qui perd en force et en mobilité, des années après un accident qu'on croyait sans suite. Ou une arthrose annoncée sur une radiographie, avec le sentiment qu'il n'y a plus rien à faire qu'attendre ou tout bloquer.

Cet article explique d'où vient cette arthrose, pourquoi elle abîme le poignet dans un ordre précis, et surtout pourquoi ce désordre organisé ouvre des solutions chirurgicales bien plus nuancées qu'un simple blocage.

Le poignet : pourquoi c'est compliqué, et pourquoi c'est une bonne nouvelle

Le poignet n'est pas une articulation unique, mais un assemblage de huit petits os — le carpe — disposés en deux rangées, glissant les uns sur les autres entre l'avant-bras et la main. Cette architecture lui donne sa mobilité exceptionnelle.

Elle explique aussi une propriété capitale de son arthrose : toutes les zones ne s'usent pas en même temps. Certaines articulations, plus sollicitées ou déstabilisées par une ancienne lésion, se dégradent en premier ; d'autres restent longtemps saines.

C'est le point qui commande tout le reste de l'article. Parce que l'usure épargne certaines zones, on peut souvent traiter seulement les zones malades — les retirer ou les bloquer — en conservant le mouvement là où le cartilage est intact. C'est ce qui distingue l'arthrose du poignet de beaucoup d'autres : elle laisse des options.

D'où elle vient

Contrairement à l'arthrose des doigts, l'arthrose du poignet est le plus souvent post-traumatique : elle est la conséquence, parfois très différée, d'une lésion ancienne. Deux causes dominent.

La pseudarthrose du scaphoïde

Une fracture du scaphoïde qui ne s'est pas consolidée déséquilibre durablement le poignet et l'use selon une séquence connue. C'est l'une des deux grandes voies vers l'arthrose post-traumatique. Voir l'article fracture du scaphoïde.

La déchirure d'un ligament clé

Entre les deux os les plus importants de la première rangée du carpe court un ligament — le ligament scapho-lunaire. Sa rupture, souvent lors d'une chute et fréquemment méconnue, désolidarise ces deux os. Ils se désalignent, les appuis se déplacent, et l'usure s'installe selon une séquence, là aussi, prévisible.

Ces deux causes ont un point commun essentiel : elles commencent souvent par une lésion négligée, prise pour une simple entorse. C'est pourquoi une douleur persistante du poignet après un traumatisme mérite un bilan, même à distance.

D'autres causes existent, plus rares : les suites d'une fracture articulaire du radius, les maladies inflammatoires comme la polyarthrite, la goutte, la chondrocalcinose ou certaines atteintes de la vascularisation d'un os du carpe. Elles ne suivent pas les mêmes schémas et relèvent d'une évaluation spécifique.

Une usure qui suit un ordre — et pourquoi ça change tout

Le point le plus utile de cet article est aussi le plus contre-intuitif : l'arthrose post-traumatique du poignet ne se répartit pas au hasard. Qu'elle vienne d'une pseudarthrose ou d'une rupture ligamentaire, elle progresse selon des schémas décrits, qui touchent les articulations dans un ordre reconnaissable. SLAC / SNAC

Deux constantes reviennent dans ces schémas :

1

L'usure commence à un endroit précis — le versant externe du poignet, entre le radius et le scaphoïde — et s'étend ensuite de proche en proche vers le centre du carpe.

2

Une articulation est longtemps épargnée : celle qui unit le radius à l'os central de la première rangée, le lunatum. C'est cette zone préservée qui rend possibles les chirurgies conservatrices.

Cette régularité n'est pas une curiosité théorique. Elle a une conséquence directe et très concrète : puisqu'on sait quelles zones s'usent et lesquelles résistent, on peut adapter la chirurgie au stade exact de l'usure, plutôt que d'appliquer une solution unique.

C'est aussi pourquoi la radiographie, complétée si besoin par un scanner, ne sert pas seulement à « voir de l'arthrose » : elle sert à situer précisément l'usure sur ce parcours, car c'est cette localisation qui détermine le traitement possible.

Schéma 1. L'usure part du versant externe et progresse vers le centre ; l'articulation entre radius et lunatum reste longtemps saine.

Les symptômes

Les signes s'installent progressivement, souvent longtemps après le traumatisme causal :

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Une douleur du poignet à l'effort et à la mise en charge — s'appuyer, porter, visser —, d'abord intermittente puis plus permanente.

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Une raideur, surtout marquée le matin ou après l'immobilité, avec une perte progressive de la mobilité.

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Une perte de force de préhension, des objets plus difficiles à tenir.

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Un gonflement du dos du poignet, parfois des craquements.

L'intensité de la douleur n'est pas toujours proportionnelle à l'usure visible sur les radiographies : certains poignets très abîmés font peu souffrir, et l'inverse existe. C'est la gêne réelle, plus que l'image, qui guide la décision de traiter.

Ce qu'on peut faire sans opérer

Tant que la gêne reste supportable, une prise en charge non chirurgicale est justifiée et souvent efficace sur les symptômes :

—

L'adaptation des activités et des gestes, pour réduire les contraintes sur le poignet.

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Une orthèse de repos, portée lors des activités douloureuses ou la nuit.

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Les anti-inflammatoires, sur des durées limitées.

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Une infiltration de corticoïdes, qui peut soulager une poussée douloureuse.

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La rééducation, pour entretenir la mobilité et la force sans forcer sur les zones usées.

Ces mesures ne réparent pas le cartilage et ne stoppent pas l'évolution, mais elles peuvent longtemps maintenir un poignet utilisable et repousser la prise en charge chirurgicale.

La chirurgie : soulager sans tout bloquer

C'est là que la logique de l'usure « en ordre » prend tout son sens. Selon le stade, plusieurs interventions permettent de traiter les zones malades en conservant de la mobilité. Le blocage complet du poignet n'est qu'une option parmi d'autres, et souvent la dernière.

Enlever un nerf pour enlever la douleur : la dénervation

C'est l'option la moins connue. Le principe : sectionner, par une seule petite incision au dos du poignet, de fins nerfs qui ne transmettent que la douleur de l'articulation, sans commander aucun mouvement ni aucune sensation de la peau.

Ce qui la rend particulière : elle ne touche ni aux os ni aux articulations. Elle conserve donc l'intégralité de la mobilité et ne compromet aucune intervention ultérieure.

Les études rapportent un soulagement de la douleur chez environ trois patients sur quatre. Méta-analyse 2023 Un point d'honnêteté, en revanche : le bénéfice peut s'atténuer avec le temps, car l'arthrose sous-jacente, elle, continue d'évoluer. C'est un traitement de la douleur, pas de la cause.

Souvent, un test est réalisé avant : une anesthésie locale des mêmes nerfs. Si elle soulage nettement, la dénervation a de bonnes chances de fonctionner.

Retirer ou souder seulement les zones usées

Quand l'usure est plus avancée mais reste localisée, deux interventions de référence permettent de supprimer les surfaces malades tout en gardant un poignet mobile. Elles servent le même but par deux chemins différents :

Retrait de la première rangée

On enlève les os usés de la rangée du haut ; l'os central vient alors s'articuler directement avec le radius, sur du cartilage encore sain. Si besoin, on réalise dans le même temps un resurfaçage de l'os central par un implant en pyrocarbone (RCPI).

Blocage partiel du poignet

Arthrodèse des quatre os centraux, après retrait du scaphoïde : on soude entre elles quelques articulations usées, tout en conservant le mouvement principal entre le radius et le lunatum.

Ce que disent les comparaisons entre ces deux techniques

Plusieurs méta-analyses ont comparé ces deux interventions. Leur conclusion converge : les différences existent mais restent faibles et cliniquement peu significatives. Le retrait de la première rangée tend à donner un peu plus de mobilité et moins de complications et de reprises ; le blocage partiel conserve la hauteur du carpe.

Aucune n'est « la meilleure » dans l'absolu : le choix dépend du stade de l'usure — le retrait de la première rangée suppose que le cartilage en regard soit intact — de l'âge, de la demande fonctionnelle et de l'expérience du chirurgien.

Le blocage complet : quand il n'y a plus de zone saine

Lorsque l'usure a gagné toutes les articulations du poignet, les techniques conservatrices ne sont plus possibles. Le blocage complet — l'arthrodèse totale — supprime alors la douleur de façon fiable, au prix de la mobilité du poignet. La main, les doigts et la rotation de l'avant-bras restent fonctionnels ; beaucoup de patients conservent une vie active.

La prothèse totale de poignet est une alternative dans des indications sélectionnées, chez des patients à faible demande mécanique. Sa place reste plus limitée que pour la hanche ou le genou, et se discute au cas par cas.

Le tableau d'ensemble

Stade de l'usure
Objectif
Options possibles
Usure débutante, douleur modérée
Soulager, préserver
Traitement non chirurgical ; dénervation
Usure localisée, zones saines conservées
Retirer le malade, garder du mouvement
Retrait de la première rangée avec ou sans RCPI, ou blocage partiel
Usure globale du poignet
Supprimer la douleur
Blocage complet ; prothèse dans des cas choisis

Ce tableau résume la logique de l'article : on traite le poignet là où il est sur le parcours de l'usure, et l'éventail des solutions se réduit à mesure que l'usure s'étend. C'est encore un argument pour ne pas attendre que tout soit abîmé.

La récupération

Les modalités dépendent de l'intervention réalisée et sont détaillées au cas par cas : consultez notre centre de connaissances.

Questions fréquentes

Le plus souvent non. Contrairement à l'arthrose des doigts, celle du poignet est habituellement post-traumatique : elle fait suite à une lésion ancienne, comme une fracture du scaphoïde non consolidée ou une déchirure ligamentaire, parfois des années plus tôt.

Non, et c'est le message principal de cet article. Parce que l'usure épargne longtemps certaines zones, il existe des interventions qui retirent ou bloquent seulement les parties malades en conservant de la mobilité. Le blocage complet n'intervient que lorsque tout le poignet est usé. La prothèse en pyrocarbone RCPI peut être tentée avec des résultats surprenants même quand tout est usé.

C'est une intervention qui sectionne de fins nerfs transmettant uniquement la douleur de l'articulation, sans toucher aux os ni au mouvement. Elle soulage environ trois patients sur quatre, ne compromet aucune opération future, mais son effet peut s'atténuer avec le temps car l'arthrose continue d'évoluer.

Les comparaisons montrent des différences faibles et peu significatives cliniquement. Le retrait de la première rangée donne un peu plus de mobilité et moins de complications ; le choix dépend surtout du stade de l'usure et de vos besoins.

C'est possible, mais dans des indications plus limitées, chez des patients à faible demande mécanique. La prothèse de poignet n'a pas la même maturité ni les mêmes résultats que celles de la hanche ou du genou, et se discute au cas par cas.

Pas nécessairement. La décision se prend sur la gêne réelle, pas sur l'image seule : certains poignets abîmés font peu souffrir. En revanche, il est utile de connaître le stade de l'usure, car il conditionne les options chirurgicales encore ouvertes.

Le délai dépend beaucoup de l'intervention réalisée. Dans tous les cas, il faut 12 à 18 mois pour récupérer.

Oui, c'est même une situation classique. Beaucoup d'arthroses du poignet remontent à une déchirure ligamentaire ou une fracture du scaphoïde prises pour une simple entorse. Une douleur qui réapparaît sur un poignet anciennement traumatisé mérite un bilan.

Un chirurgien de la main, car le choix entre les différentes techniques dépend d'une analyse précise du stade de l'usure. À Paris, le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie et président du Syndicat National des Chirurgiens de la Main, prend en charge ces poignets.

Glossaire

Carpe

Ensemble des huit petits os du poignet, disposés en deux rangées entre l'avant-bras et la main.

Scaphoïde

Os du carpe le plus souvent fracturé ; sa non-consolidation est une cause majeure d'arthrose du poignet.

Ligament scapho-lunaire

Ligament reliant les deux principaux os de la première rangée ; sa rupture est l'autre grande cause d'arthrose post-traumatique.

Dénervation

Section des fins nerfs transmettant la douleur du poignet, sans toucher au mouvement ni aux os.

Arthrodèse

Blocage chirurgical d'une articulation ; il peut être partiel (quelques os) ou complet (tout le poignet).

Arthrose post-traumatique

Usure du cartilage consécutive à un traumatisme ancien, par opposition à l'arthrose liée à l'âge.

Sources

01

Hones KM, Hao KA, Rakauskas TR, et al. Four-Corner Fusion Versus Proximal Row Carpectomy for Scapholunate Advanced Collapse and Scaphoid Nonunion Advanced Collapse Wrist: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Hand Surg Am. 2024;49(7):633-638. PMID 38416092 — le retrait de la première rangée donne une meilleure amplitude et moins de conversions en arthrodèse (5,2 % vs 11 %)

02

Proximal row carpectomy generates better mid- to long-term outcomes than four-corner arthrodesis for post-traumatic wrist arthritis: A meta-analysis. 2022. PMID 35940440 — 1 059 poignets ; meilleure flexion et moins de complications et de reprises après retrait de la première rangée

03

The never-ending battle between proximal row carpectomy and four corner arthrodesis: meta-analysis. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2021 — différences statistiquement significatives mais cliniquement minimes ; les deux techniques équivalentes en pratique

04

Fidanza A, Necozione S, Garagnani L. Partial denervation for chronic wrist pain: systematic review and meta-analysis. EFORT Open Rev. 2023;8(3):110-116. PMID 36916712 — succès global de 78,4 % sur la douleur, sans complication substantielle

05

Abdelaziz AM, et al. Posterior Interosseous Neurectomy Alternative for Treating Chronic Wrist Pain. J Wrist Surg. 2019;8(3):198-201. PMID 31192040 — dénervation dans les poignets SLAC et SNAC

06

Scapholunate Advanced Collapse (SLAC) and Scaphoid Nonunion Advanced Collapse (SNAC): A Review of Treatment Options. 2024 — séquence dégénérative prévisible, épargne de l'articulation radio-lunarienne, options par stade

07

Épidémiologie de l'arthrose post-traumatique du poignet — référence à compléter

08

Résultats à long terme de l'arthrodèse totale et de la prothèse totale de poignet — référence à compléter

Dr Frédéric Teboul

Relu et validé par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie.

Dernière mise à jour : 20 août 2026

Page enrichie, relue et validée par le Dr Frédéric Teboul

Avertissement. Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas une consultation médicale. Une douleur du poignet persistante, même sur un traumatisme ancien, mérite un avis spécialisé.

Auteur de cette publication

Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.

Dr Frédéric Teboul Auteur Dr Frédéric Teboul Chirurgien de la main — spécialiste du plexus brachial et des nerfs périphériques
Rédigé le : 20 août 2026 Relu par : Dr Frédéric Teboul Prochaine révision : annuelle Notre comité de rédaction
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