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14 min de lecture · maj 30 octobre 2026 · validé par le Dr F. Teboul
Par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques à Paris 17e. Mis à jour le 30 octobre 2026.
En bref
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Douleur à l’extérieur du coude, difficulté à tenir une tasse ou à serrer une main, gêne à chaque rotation du poignet : l’épicondylite, ou tennis elbow, touche surtout des personnes qui ne jouent jamais au tennis. Elle apparaît le plus souvent chez des salariés qui répètent les mêmes gestes de préhension et de rotation de l’avant-bras. Dans ce cas, une question se pose rapidement : cette épicondylite peut-elle être reconnue comme maladie professionnelle, et qu’est-ce que cela change ?
Cette question arrive souvent tard, quand le délai réglementaire est déjà dépassé ou que le certificat a été mal daté. Cet article explique, texte par texte, ce que prévoit la réglementation, les erreurs fréquentes et les démarches. Pour les aspects médicaux de la maladie, vous pouvez lire l’article consacré à l’épicondylite latérale.
L’épicondylite est-elle reconnue comme maladie professionnelle ?
Oui. En France, une maladie est présumée d’origine professionnelle lorsqu’elle figure dans un tableau de maladies professionnelles et qu’elle a été contractée dans les conditions fixées par ce tableau. L’épicondylite relève du tableau n° 57 du régime général, consacré aux « affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail ». Sa partie B concerne le coude.
Ce tableau n’est pas marginal : il prend en charge entre 80 et 85 % des maladies professionnelles reconnues en France, selon l’INRS. Au sein de ce tableau, le coude représentait 7 157 maladies professionnelles reconnues en 2009, soit 18 % du total, et environ un cas sur quatre a donné lieu à un taux d’incapacité permanente. L’épicondylite latérale constitue à elle seule environ 80 % des troubles musculosquelettiques du coude.
Pour les salariés et exploitants agricoles, l’équivalent est le tableau n° 39 du régime agricole, géré par la MSA.
Tableau 57 B : les trois conditions à réunir
La reconnaissance « automatique », dite présomption d’origine professionnelle, suppose que trois conditions soient remplies en même temps. Si elles le sont, vous n’avez pas à prouver que votre travail a causé la maladie.
Maladie désignée au tableau | Délai de prise en charge | Travaux de la liste limitative |
Tendinopathie d’insertion des muscles épicondyliens, associée ou non à un syndrome du tunnel radial (épicondylite latérale, face externe du coude) | 14 jours | Travaux comportant habituellement des mouvements répétés de préhension ou d’extension de la main sur l’avant-bras, ou des mouvements de pronosupination (rotation de l’avant-bras) |
Tendinopathie d’insertion des muscles épitrochléens (épicondylite médiale, face interne du coude) | 14 jours | Travaux comportant habituellement des mouvements répétés d’adduction ou de flexion et pronation de la main et du poignet, ou des mouvements de pronosupination |
Source : INRS, tableau n° 57 du régime général, partie B (rédaction issue du décret n° 2012-937 du 1er août 2012). Aucune durée minimale d’exposition n’est exigée pour ces deux maladies.
1. Une maladie désignée exactement par le tableau
Le tableau ne parle plus d’« épicondylite » mais de « tendinopathie d’insertion des muscles épicondyliens ». La formulation compte : le certificat médical doit décrire la maladie de façon à ce que le médecin-conseil de la caisse puisse la rattacher au tableau.
Le syndrome du tunnel radial, une compression de la branche profonde du nerf radial sous le coude, n’est retenu au titre du tableau 57 B que s’il est associé à l’épicondylite. La distinction compte : une épicondylite qui ne guérit pas cache parfois une atteinte du nerf, détaillée dans l’article [lien : tennis elbow ou nerf radial comprimé ?].
L’épicondylite médiale, ancienne « épitrochléite », est beaucoup plus rare : moins de 10 % des pathologies du coude selon l’INRS.
2. Le délai de prise en charge de 14 jours
C’est la condition la plus mal comprise, et la première cause de refus que l’on voit dans les décisions de justice. Le délai de prise en charge est la durée maximale entre la fin de votre exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie. Pour l’épicondylite, il est de 14 jours.
Concrètement :
Si vous êtes toujours à votre poste lorsque le médecin constate la maladie, le délai est respecté : l’exposition n’a pas pris fin.
Si vous avez quitté le poste exposant (changement de poste, fin de contrat, arrêt prolongé pour un autre motif), la maladie doit avoir été constatée médicalement dans les 14 jours qui suivent.
La date qui compte est celle de la première constatation médicale, inscrite sur le certificat médical initial. Le médecin-conseil la fixe à partir des éléments du dossier. Une consultation antérieure pour la même douleur, si elle est documentée, peut être prise en compte.
Ce délai n’a rien à voir avec le délai pour déclarer la maladie, qui est beaucoup plus long (voir plus bas).
3. Des gestes de travail figurant dans la liste limitative
La liste est dite « limitative » : seuls les travaux qu’elle décrit ouvrent droit à la présomption. Pour l’épicondylite latérale, il s’agit des gestes répétés de préhension, d’extension du poignet ou de rotation de l’avant-bras. Le tableau ne fixe aucun seuil chiffré (nombre de gestes, durée quotidienne), faute de données scientifiques suffisantes, selon les commentaires de l’INRS.
Les tribunaux rappellent régulièrement que le caractère « habituel » de ces travaux n’implique pas qu’ils occupent la majeure partie du temps de travail, ni une exposition continue et permanente. Dans les décisions récentes, on retrouve par exemple des agents d’entretien ou des préparateurs de commandes.
Ce qui change depuis le 30 septembre 2026
Deux décrets du 24 septembre 2026, publiés au Journal officiel du 29 septembre, modifient la manière dont le diagnostic des maladies professionnelles est établi.
Le décret n° 2026-901 supprime du tableau 57 les mentions qui imposaient un examen précis : « objectivée par IRM », « objectivée par échographie », « confirmé par électroneuromyographie (EMG) ».
Le décret n° 2026-900 prévoit que les examens complémentaires, lorsqu’ils sont nécessaires, doivent être conformes aux données acquises de la science, au regard des recommandations de la Haute Autorité de santé ou des sociétés savantes.
Pour le coude, l’effet est double :
Épicondylite : peu de changement en pratique. Son diagnostic était déjà essentiellement clinique et le tableau 57 B n’exigeait pas d’imagerie.
Compression du nerf ulnaire au coude : l’EMG n’est plus exigé par le tableau lui-même. Il reste un examen utile quand il est médicalement justifié.
Ces règles s’appliquent aux demandes dont le certificat médical initial est établi à partir du 30 septembre 2026. Un certificat antérieur reste soumis à l’ancienne rédaction du tableau.
Mon retour d'expérience
Supprimer l’obligation d’un examen ne veut pas dire que l’examen devient inutile. Pour une épicondylite, c’est l’examen clinique qui fait le diagnostic. Mais quand la douleur ne cède pas ou qu’il existe des fourmillements, une échographie ou un EMG aident à vérifier qu’il ne s’agit pas d’une atteinte nerveuse, ce qui change à la fois le traitement et le dossier.
Et si une condition n’est pas remplie ?
Une épicondylite qui ne coche pas toutes les cases du tableau n’est pas exclue d’office. Lorsque le délai de prise en charge est dépassé ou que les travaux ne correspondent pas exactement à la liste, la caisse transmet le dossier au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce comité d’experts médicaux recherche alors si la maladie a été directement causée par votre travail habituel.
La différence est importante : vous ne bénéficiez plus de la présomption, et c’est le lien direct entre le travail et la maladie qui doit être établi. Les décisions de justice montrent que les dossiers hors délai sont souvent refusés lorsque l’écart entre la fin de l’exposition et la première constatation est long. D’où l’intérêt de consulter et de faire dater la constatation sans attendre.
Les démarches, étape par étape
Consulter un médecin. Médecin traitant, médecin du travail ou spécialiste : tout médecin peut établir le certificat médical initial (CMI). Une simple suspicion d’origine professionnelle suffit pour engager la démarche.
Obtenir le certificat médical initial. Il décrit la maladie et mentionne la date de la première constatation médicale. Vous conservez un volet et adressez les autres à votre caisse.
Déclarer la maladie à votre CPAM (ou à la MSA). La déclaration se fait en principe dans les 15 jours suivant l’arrêt de travail, mais vous disposez de 2 ans à compter du certificat médical qui vous informe du lien possible entre votre maladie et votre travail. Un arrêt de travail n’est pas une condition de la reconnaissance.
Répondre au questionnaire de la caisse. La caisse interroge le salarié et l’employeur sur les conditions de travail, en ligne sur le service questionnaires-risquepro.ameli.fr. Le délai de réponse est de 30 jours francs. Décrivez précisément vos gestes, leur fréquence et vos outils.
Consulter le dossier. Avant la décision, salarié et employeur peuvent consulter les pièces et formuler des observations pendant 10 jours francs.
Recevoir la décision. La caisse dispose de 120 jours francs à compter de la réception du dossier complet. En cas de transmission au CRRMP, un nouveau délai de 120 jours francs s’ouvre.
Le détail officiel de la procédure figure sur ameli.fr. En cas de refus, la décision indique les voies de recours.
Ce que change la reconnaissance pour vous
Situation | Prise en charge en maladie professionnelle |
Soins liés à l’épicondylite | Pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de l’Assurance Maladie |
Indemnités journalières | Versées dès le lendemain de l’arrêt, sans délai de carence ; 60 % du salaire journalier de référence du 1er au 28e jour, puis 80 % à partir du 29e jour |
Séquelles après consolidation | Taux d’incapacité permanente fixé par la caisse : indemnité en capital en dessous de 10 %, rente viagère à partir de 10 % |
Source : Service public, maladie professionnelle et indemnités journalières, mise à jour du 1er janvier 2026. Tant que le caractère professionnel n’est pas reconnu, ce sont les indemnités maladie classiques qui sont versées.
Côté durée, l’Assurance Maladie retient en général environ 4 semaines d’arrêt pour un poste sédentaire, et jusqu’à 10 à 11 semaines en cas de port de charges. L’évolution de la maladie elle-même est détaillée dans l’article : tennis elbow, combien de temps pour guérir.
Les agents de la fonction publique relèvent de règles propres (congé pour invalidité temporaire imputable au service), qui s’appuient elles aussi sur les tableaux de maladies professionnelles.
Pourquoi tant d’épicondylites professionnelles ne sont pas déclarées
Selon Santé publique France, relayée par l’INRS, 66 % des troubles musculosquelettiques du coude d’origine professionnelle n’étaient pas déclarés en maladie professionnelle en 2018-2019. Ce taux était de 70 % en 2009.
Les raisons les plus citées sont un bilan diagnostique jugé insuffisant ou encore en cours, la méconnaissance de la démarche par le salarié et le refus du salarié lui-même. Parmi les motifs de refus pour le coude, la crainte pour l’emploi revenait dans près de la moitié des cas en 2016-2017, devant la complexité de la démarche et une réparation jugée peu attractive.
Déclarer n’est jamais une obligation. Mais c’est une décision qui mérite d’être prise en connaissance de cause, avec votre médecin et, si besoin, le médecin du travail.
Le rôle du chirurgien spécialiste du membre supérieur dans votre dossier
Le chirurgien de la main ne décide pas de la reconnaissance : c’est la caisse, après avis de son médecin-conseil, qui statue. Son rôle est médical, et il compte doublement :
Confirmer le diagnostic et le décrire avec précision : épicondylite latérale ou médiale, atteinte associée du nerf radial ou du nerf ulnaire.
Écarter les diagnostics voisins qui ne relèvent pas du même tableau ou de la même prise en charge : compression nerveuse, pathologie articulaire, douleur projetée du cou.
Proposer le traitement adapté lorsque la douleur persiste au-delà de plusieurs mois malgré un traitement bien conduit.
La Haute Autorité de santé a engagé en 2025 des recommandations sur le diagnostic et le traitement de l’épicondylite latérale, en soulignant le coût social de la maladie, notamment par les arrêts de travail.
Le conseil que je donne à un salarié qui souffre du coude
Le conseil le plus utile que je donne à un salarié qui souffre du coude : faites constater la douleur par un médecin dès qu’elle s’installe, en décrivant votre poste de travail. Une date de première constatation précise et un diagnostic bien posé évitent bien des refus pour de simples questions de délai.
Questions fréquentes
Le tennis elbow est-il une maladie professionnelle ?
Il peut l’être. Le tennis elbow, ou épicondylite latérale, est inscrit au tableau n° 57 B des maladies professionnelles. Il est reconnu lorsque la maladie a été constatée dans les 14 jours suivant la fin de l’exposition et que votre travail comporte des gestes répétés de préhension, d’extension du poignet ou de rotation de l’avant-bras.
Quel est le délai de prise en charge d’une épicondylite ?
Il est de 14 jours au régime général depuis le décret du 1er août 2012 (il était auparavant de 7 jours). Il se compte entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale. Au régime agricole, le tableau 39 prévoit un délai de 7 jours.
Combien de temps ai-je pour déclarer mon épicondylite ?
En principe 15 jours après l’arrêt de travail, mais la prescription est de 2 ans à compter du certificat médical vous informant du lien possible entre votre maladie et votre travail.
Faut-il une IRM ou une échographie pour faire reconnaître une épicondylite ?
Non. Le tableau 57 B n’impose pas d’imagerie pour l’épicondylite, et depuis le 30 septembre 2026, les examens complémentaires du tableau 57 ne sont plus fixés par le texte : ils sont demandés quand ils sont médicalement nécessaires.
Ma demande a été refusée pour dépassement du délai. Que faire ?
Si le délai de prise en charge n’est pas respecté, le dossier doit être examiné par le CRRMP, qui recherche un lien direct entre votre travail et la maladie. Si la décision finale vous est défavorable, le courrier de la caisse précise les recours possibles et leurs délais.
Une épicondylite des deux coudes peut-elle être reconnue ?
Oui. Chaque coude fait l’objet d’une demande et d’une décision distinctes, chacune devant remplir les conditions du tableau.
Cet article a une visée d’information. Il ne remplace ni une consultation médicale ni un conseil juridique. La reconnaissance d’une maladie professionnelle relève de la décision de votre caisse d’assurance maladie.
Sources
INRS. Tableau n° 57 du régime général : affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail. Dernière mise à jour : décret du 24 septembre 2026.
INRS. Tableau n° 39 du régime agricole : affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail.
INRS. Tableaux des maladies professionnelles, commentaires : décret n° 2012-937 du 1er août 2012 (partie B du tableau 57). Références en santé au travail, n° 132, décembre 2012 (TK 29).
Assurance Maladie. Circulaire CIR-20/2012 du 4 octobre 2012 : modifications du tableau 57, paragraphe coude.
Décret n° 2026-901 du 24 septembre 2026 relatif aux modalités d’établissement du diagnostic des maladies prévues dans les tableaux de maladies professionnelles. JO du 29 septembre 2026.
Décret n° 2026-900 du 24 septembre 2026 relatif aux modalités générales d’établissement du diagnostic des maladies prévues dans les tableaux de maladies professionnelles. JO du 29 septembre 2026.
Code de la sécurité sociale, articles L. 461-1, L. 461-5, R. 461-9 et R. 461-10.
Assurance Maladie (ameli.fr). Maladie professionnelle : les démarches.
Service public. Maladie professionnelle : indemnités journalières pendant l’arrêt de travail. Mise à jour du 1er janvier 2026.
Homère J, Chatelot J. Évolution de la sous-déclaration en maladie professionnelle des troubles musculosquelettiques entre 2009 et 2019. Références en santé au travail, n° 180, décembre 2024 (AC 192), d’après Santé publique France, 2024.
Haute Autorité de santé. Épicondylite latérale du coude : diagnostic et traitement médical de première intention. Note de cadrage, validée le 8 janvier 2025.
Assurance Maladie (ameli.fr). Traitement de l’épicondylite (durées indicatives d’arrêt de travail).
Jurisprudence sur le délai de prise en charge et le caractère habituel des travaux (tableau 57 B) : CA Toulouse, 4 septembre 2025 ; TJ Amiens, 2025 ; TJ Poitiers, 12 décembre 2025.
Page relue et validée par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques.
Dernière mise à jour : 30 octobre 2026 · Page enrichie, relue et validée par le Dr Frédéric Teboul
Avertissement. Cet article présente une information générale à visée pédagogique. Il ne remplace pas une consultation : toute décision de prise en charge s'apprécie au cas par cas, avec votre chirurgien.
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Dr Frédéric Teboul
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